
Apprenez à canaliser votre colère au travail
Elle a mauvaise réputation, elle fait pourtant partie de notre arsenal de survie.
Plutôt que de la réfréner, mieux vaut s’exercer à l’exprimer de façon constructive.
Vous pensez que la colère est mauvaise conseillère? Vous avez tort. Elle fait partie de nos six émotions primaires, avec la joie, la tristesse, la peur, la surprise et le dégoût, qui sont le fondement des comportements humains. Il serait donc irréaliste de décréter un matin : «Dorénavant, je ne serai plus jamais en colère.» En fait, il est même important de ne pas s’interdire ce sentiment : vous vous priveriez de ses avantages. N’imitez surtout pas cette jeune femme qui croyait n’être jamais en colère. Plongée dans des situations injustes, elle se retrouvait totalement désarmée pour réagir. Ainsi, face à un directeur qui l’accusait à tort d’une erreur, son unique défense avait été de fondre en larmes. Peu constructif… et dévalorisant.
«A force de réfréner sa colère, la motivation chute, on ressent un malaise, peut-être même physique, et on n’a plus aucune envie d’aller travailler», explique le psychologue suisse Yves-Alexandre Thalmann, auteur du «Petit Cahier d’exercices pour vivre sa colère au positif» (Jouvence Editions). La colère aurait donc du bon ? Oui, confirme le coach de dirigeants Etienne Roy, coauteur de l’ouvrage «Du bon usage des émotions au travail» (ESF Editeur). «Elle permet d’oser, de poser des limites ou de formuler des exigences. Grâce à cette énergie, on peut trouver la force de dire non ou de demander à son patron l’augmentation promise il y a trop longtemps.» Mais attention à ne pas la confondre avec la rage ou la fureur, ni à succomber à la violence dirigée contre l’autre ou contre soi-même. Pour apprendre à dompter cet animal sauvage et à en faire votre ami, suivez les conseils de nos experts.
Ne la redoutez pas, mais prenez conscience de ses effets
La colère, c’est bon pour la carrière ! C’est une équipe de chercheurs de la Harvard Medical School qui le dit. D’après ses travaux, ceux qui intériorisent leurs frustrations auraient trois fois plus de chances de heurter le plafond de verre que ceux qui trouvent un moyen d’exprimer leur ressenti. «Les gens assimilent la colère à une émotion terriblement dangereuse et sont encouragés à pratiquer la pensée positive, affirme le professeur George Vaillant, principal
auteur de l’étude. Nous trouvons cette approche dévalorisante et dommageable dans la mesure où elle consiste à nier la réalité.»
Reste que notre colère est rarement bien canalisée. «Souvent, on se laisse embarquer par elle et on en perd la raison, souligne Stéphane Felici, coach de dirigeants et formateur chez Orsys. L’interlocuteur en face de soi ne compte plus. On risque alors d’abîmer ses relations, de bloquer le dialogue, de gâcher l’image qu’on renvoie de soi, voire de commettre une faute professionnelle.»
Sylvie Chauvanet, ingénieure VWIS chez Veolia, en sait quelque chose. Cette ancienne colérique, qui s’emportait à la moindre contrariété – au point de jeter un jour une chaise à travers une pièce –, s’est vu refuser une promotion par la DRH de l’entreprise en raison de ses problèmes de comportement. «Pas étonnant, admet-elle, on ne confie pas les commandes d’un avion à un kamikaze.» Après avoir suivi une formation de gestion des conflits l’été dernier, elle travaille aujourd’hui plus sereinement et son évaluation annuelle s’est améliorée.